Paul, sa vie de bateau-stoppeur

dsc0219617 septembre 2016, j’entre dans l’Anse Solidor de nuit, les lumières de St-Malo à bâbord, celle de Dinard à tribord. Je reviens d’un tour des îles anglo-normandes, les paysages sauvages de Herm et Sark encore en tête. C’est la deuxième fois que je navigue, la deuxième fois que je fais du bateau-stop.

1er annonce posée fin juillet sur le site hisse-et-ho (www.hisse-et-ho.com) avec un ami qui comme moi n’a jamais mis les pieds sur un bateau. Le lendemain coup de téléphone :

– « Ça vous dit de faire la traversée de Gibraltar aux Iles Canaries ? Ce serait vers le 12/13, je vous rappelle dans une petite semaine pour préciser la date de départ. »

– « Vamos a Espagna! » clame t-on!

4 jours plus tard, autre interlocuteur :

-« Ça vous tente la traversée de La Rochelle à La Corogne ? On partirait le 8 ou le 9. »

– « Plus facile d’aller à La Rochelle, non ? » Mon pote :

-« Carrément! »

Le temps de rentrer à Lyon pour faire la bise à la famille et nous sommes pouces levés, bras tendus après le péage d’entrée d’autoroute avec l’espoir d’arriver avant la nuit.

Retour à St-Malo où j’attends ma grande cousine qui par un heureux hasard arrive dans 3 jours. J’ai juste le temps de l’attendre et de passer un jour en sa compagnie avant de filer en Saône et Loire ramasser le raisin.

Je dors sur un bateau amarré au port des Bas-Sablons. Ce voilier appartient au mari de la conductrice de la dernière voiture qui m’avait pris en stop, alors que je me rendais dans cette belle ville fortifiée par Vauban au mois de mai pour parcourir le sentier des douaniers.

J’ai depuis peu en tête l’idée de traverser l’océan Atlantique pour aller travailler en Guadeloupe. Cela fait huit mois que je vis en camion allant de sierra en sierra et découvrant les splendides randonnées des Alpes françaises. J’ai donc besoin d’argent, celui des vendanges ne suffisant pas.

C’est donc tout naturellement qu’une fois avoir rejoins ma cousine fraichement arrivée, je demande en cours de soirée à ses amis s’ils ont connaissance d’un skipper recherchant un équipier, même débutant. Sans grand étonnement la réponse est négative.

L’apéro tarde, la faim se pointe, ils nous faut trouver un établissement dans lequel le service n’est pas fini malgré l’heure tardive. Je demande dans la rue, on nous indique une pizzeria à quelques rues de là où nous sommes. On se fait servir. Les derniers clients quittent le resto alors que nous entamons à peine la deuxième moitié de notre pizza et le deuxième pot de rouge. La tenante s’affaire à nettoyer la cuisine et à effectuer les préparations du lendemain. Nous commençons à discuter, elle nous répond par dessus le bar qui sépare la salle de la cuisine. Je lui propose de venir nous rejoindre partager un autre pichet une fois sa besogne finie. Un sourire s’affiche sur son visage marqué par la fatigue. Elle ferme la boutique, nous dépose un cendrier sur la table, part et revient s’assoir cinq minutes plus tard avec le soulagement et la satisfaction du travail achevé. On fait connaissance, on s’amuse, on trinque. Cela fait plus d’une semaine qu’elle se retrouve seule aux fourneaux. Un apprenti l’a plantée et elle n’a pas l’argent pour embaucher un vrai cuistot.

Sur un coup de tête, je lui propose mes services. Surprise et intéressée, on passe en revue mon CV. J’ai déjà travaillé dans une pizzeria, je connais les rushs qu’on subit au marché de Noël de Strasbourg et en Corse l’été : une petite pizzeria de St-Servant en Octobre ne me fait pas peur! Ce sera juste pour quelques semaines, le temps pour elle de trouver une personne à long terme. Elle est en attente d’une réponse qui tarde à arriver. On se rappelle dans 3-4 jours.

Si la réponse est positive, en plus d’être sur place, je suis dans une cité maritime. Cela m’aidera sans doute à trouver un bateau pour mon projet de traversée. Si c’est non, ce sera limite pour les vendanges mais les exploitants sont tellement à court de main d’œuvre là-bas, qu’ils m’embaucheront même une fois la récolte commencée.

C’est décidé, je reste quelques jours de plus! Je profiterai de ma cousine car ça fait un bout de temps que je ne l’ai pas vue. Ça tombe bien, elle devait partir en mer, mais le bateau de location récupéré par un de ses amis avant le weekend prend l’eau. Impossible d’en trouver un autre : ils sont bloqués à terre…

Le surlendemain, ce même ami reçoit (tenez-vous bien) un texto du concubin de la tante de la copine d’un ami commun avec ma cousine, lui proposant un covoyage jusqu’aux Canaries, paradis de réputation pour les bateaux-stoppeurs. Lui bosse à Paris et comme tout parisien… son agenda est blindé!

Signe du destin que je reçois 5 sur 5. Je rappelle le skipper en question. Il m’accepte malgré mon inexpérience à une seul condition: il faut que je les rejoigne avant le surlendemain midi car une maigre fenêtre météo favorable s’est ouverte et il faut en profiter à tout prix.

– » Vous êtes où?

– Lisbonne

– Ok, je me renseigne sur les vols disponibles et je vous rappelle. »

Je me trouve alors dans une crique sauvage et déserte comme on en trouve qu’en Bretagne, accessible seulement par sentier, non loin de St Cast le Guildo.

-« Niquel, j’ai laissé mon portable dans la voiture…

– Attends, on a les nôtres »

Et nous voilà surfant sur 3 portables différents consultant les comparateurs de vols. Vive le 3G et les smartphones..! 20 minutes après le billet est pris. Ébahit devant le pouvoir technologique d’internet, j’ai un billet Nantes-Lisbonne pour le lendemain à 40 euros.

22h le lendemain, verre en main, je suis sur Genesis avec François et Véronique. Douze heures plus tard, le 24 Septembre 2016, le littoral portugais s’éloigne. Nous faisons cap sur Madère. Mon 3ème bateau-stop commence.

J’apprends à connaître le couple et mon expérience maritime s’enrichit. Cela se passe bien. Si bien qu’ils me proposent de continuer avec eux jusqu’au Cap Vert. Parfait. Je ne me sentais pas flâner sur les pontons du port de Las Palmas à Gran Canaria. Trop grand, trop impersonnel! Mauvais pressentiment qui s’est par la suite confirmé. 

Amis du voyage, des rencontres et des mers, privilégiez si vous le pouvez le bateau-stop au Cap Vert. Beaucoup plus abordable et d’un bien meilleur esprit sont les plaisanciers dans cet archipel africain. Et il en va de même pour la population locale. Il y a même une espagnole qui propose le logement en couchsurfing à Mindelo dixit une canadienne qui a trouver un bateau pour les Antilles en cinq jours.

Puis j’avais en tête de débarquer à Sal, l’île la plus au nord-est du pays. Il n’en fut rien car une fois arrivé deux propositions vinrent à moi. Deux cadeaux de Noël anticipés en moins de 24h d’intervalle! Je me revois encore sautant de joie sur le pont de Genesis, bouillonnant d’allégresse.

Celle de Patrick, skipper sportif qui effectuera la traversée sans pilote automatique. Que je rejoindrai peut-être courant mars pour visiter l’île du Che (il a prit un autre bateau-stoppeur).

Et bien sûr celle de Sea You que vous connaissez! J’avais rencontré cette sympathique famille à Porto Santo. Nous nous étions revus lors d’un mouillage aux Canaries puis finalement voisins de ponton à San Sebastian, nous nous étions rapprochés.

J’écris cet article sur les confortables matelas du pont de Sea You, face à l’immensité de l’océan, au milieu de l’Atlantique, c’est mon 4ème bateau-stop. 

Je remercie chaleureusement la Sea You Family qui me donne la chance de vivre cette incroyable expérience! Je me tarderai à l’oublier, le clou d’une année merveilleuse.

Ciel étoilé, lune sensationnelle, pêches tout à fait insolites, CNED, farniente, apéro, séance de coiffure sportive à l’issue douteuse, cuisine délicieuse et variée sont d’autant de moments formidables en compagnie d’une famille formidable.

Merci à Manu, skippeur des plus cool, pédagogue et responsable. Merci à Perrine, seconde pleine de vie et généreuse. Merci à Robin qui m’a accueilli dans sa chambre, dont la gentillesse n’a d’égale que son talent de pêcheur (espadon de 2m à 9 ans s’il vous plaît!). A Maruis, joueur de carte effréné que je déconseille formellement de défier. A Emile, le « bien-heureux » comme dit son grand-père, cocasse petit bout de choux curieux de tout. Et papi-Fred, passionné de météo que je remercie pour ses discussions et ses conseils.

Enfin merci à tous d’avoir fait en sorte que je me sente si à l’aise.

Tout ceci, je l’écris moins pour raconter mon histoire que pour témoigner d’une suite de faits, d’évènements, de prime abord anodins qui cependant assemblés, coincident et forment dans leur ensemble un chemin, une direction, inconnue. Et tant mieux! Une direction vers laquelle on peut continuer à se diriger. Ceci j’en suis persuadé, tant qu’on y croit.

Trève de philosophie, de manière plus pragmatique le bateau-stop c’est plus que faisable. Tous les gens que j’ai rencontré ou dont j’ai entendu parler ont trouvé. Et c’est abordable financièrement (j’ai connu un mec qui a payé 2000 euros sa transat: hérésie!). Il s’agit seulement de participer à la caisse de bord.

N’allez pas sur les forums. Consultez les sites spécialisés tels STW, bourse aux équipiers etc.

Si le concept vous séduit, n’hésitez plus et au nom du ciel, lancez-vous!

Tout de bon et à bientôt sur les mers!

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Une réflexion sur “Paul, sa vie de bateau-stoppeur

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